Pourquoi êtes-vous si controversé ?

Interview multimedia d'Andrew Cohen

Question : Vous avez la réputation d’être un homme sans compromis qui ne mâche pas ses mots, ce qui vous vaut des soutiens enthousiastes comme des critiques virulentes. À votre avis, pourquoi provoquez-vous ces réactions extrêmes ?

Andrew Cohen : C’est parce que j’essaie de créer quelque chose de nouveau, qui ne s’est jamais produit auparavant. Cela provoque une énorme résistance. L’évolution fonctionne ainsi : ce qui est ancien résiste toujours à ce qui est nouveau. Les gens qui suscitent la plus grande opposition sont ceux qui devancent les autres en poursuivant la vision d’une réalité possible qui n’a pas encore émergé. Mon histoire, depuis que j’ai commencé à enseigner, a été une alternance de paradis et d’enfer, car, avançant à la pointe du potentiel évolutif, je me suis trouvé confronté à une violente réaction du monde spirituel et même de certains de mes étudiants, c'est-à-dire de ceux qui m’étaient les plus proches.

Comme je le constate depuis de nombreuses années : « Tout le monde veut être éveillé, mais personne ne veut changer ». C’est un étrange paradoxe : de nos jours, nombreux sont ceux qui s’éveillent à l’impulsion spirituelle, et pourtant très peu d’entre eux veulent vraiment devenir des êtres humains différents. Je demande aux gens de se transformer d’une manière bien spécifique qui consiste à aller au-delà de l’ego. Et j’ai découvert, à rude école, que personne ne veut le faire. Certains reconnaissent intellectuellement la nécessité de ce dépassement, et ils disent « oui ». Mais, pour la plupart, quand ils sont au pied du mur, le défi s’avère trop insupportable sur le plan émotionnel. Déclarant la guerre à l’ego, je demande en quelque sorte au dragon de sortir de sa tanière pour me battre avec lui. Je préviens les gens, je leur dis très souvent que dépasser l’ego est la chose la plus dure que l’on puisse demander à un être humain, hormis de faire face à sa propre mort physique. Malgré cela, les gens sont toujours surpris quand ils atteignent les limites de leur propre désir de renoncer à l’ego, et bien souvent, même ceux qui sont déjà profondément engagés dans cette voie décident brusquement que c’est trop.

Voyez-vous, quand un individu dit « oui » à cet appel de l’évolution, il dit « oui » à la meilleure partie de lui-même. C’est un moment véritablement sacré. Car lorsque le contexte de l’évolution est profondément compris, notre conscience s’éveille soudain à l’obligation de se transformer, d’évoluer, c'est-à-dire de se rendre digne de ce qui nous a été révélé de plus profond. Mais dire « oui » n’est que le début du voyage. Notre sincérité va être testée. Si nous reculons devant ce à quoi nous avons dit « oui », alors nous disons en fait « non » à notre moi le plus profond. La plupart des gens n’ont pas l’humilité d’admettre ce fait. Aussi ridicule que cela puisse paraître, l’ego est humilié de ne pouvoir se transcender lui-même ; aussi, pour ne pas perdre la face, trop souvent, les gens se retournent contre ce qu’ils ont tenu pour le plus sacré.

Q : Ne pensez-vous pas que si vous adoptiez une approche moins radicale, avec plus de considération pour les besoins individuels, vous auriez davantage de succès et vous dérangeriez moins de gens ?

AC : Non, parce que l’essence même de ce que j’enseigne est noir-ou-blanc. Le problème ne vient pas des individus mais de l’ampleur de la tâche à accomplir. Ce qui fait la différence est la mesure dans laquelle les gens veulent véritablement relever le défi. En fait, tout le monde est divisé à ce sujet, surtout au début. Lorsque nous réalisons l’énormité du changement à opérer, nous découvrons toujours que nous ne le voulons pas autant que nous le croyions. Alors il faut faire face au fait qu’il y a une partie de nous qui veut et l’autre qui ne veut pas. La part qui veut est le Soi authentique, celle qui ne veut pas est l’ego. Nous voyons alors que, si nous voulons être libre, nous devons renoncer à l’ego pour nous identifier au Soi authentique. Le tableau est très simple, et en fin de compte il est toujours partagé en noir et blanc. C’est vraiment tout ce qu’on a besoin de savoir à propos de la Voie. Parce qu’alors la question à laquelle chacun de nous doit répondre, seul face à lui-même, est celle-ci : jusqu’à quel point suis-je vraiment concerné par l’évolution ? Ai-je le courage de persévérer, quel qu’en soit le prix ? J’ai découvert qu’au bout du compte, c’est une question de conscience morale, de là où en est notre âme. Et cela, nous ne pourrons jamais le vérifier sans passer par le test de l’expérience.

Q : Donc, qu’est-ce qui fait la différence ? Qu’elle est la clé de l’éveil évolutif ?

AC : C’est simple. En fin de compte, la clé réside toujours dans le choix individuel. Dans un premier temps, j’essaie de donner à tous ceux qui viennent à moi l’expérience de ce qu’ils pourraient être, et de ce que pourrait être le monde, si eux-mêmes et leur entourage demeuraient au-delà de l’ego, dans la béatitude, la clarté et la sincérité du Soi authentique. Voyez-vous, lorsque le Soi authentique d’une personne reconnaît le Soi authentique d’une autre, un monde nouveau se créé. C’est alors que nous découvrons le ciel sur terre. Et lorsque nous éprouvons l’extase et de la pureté de ce monde humain en éveil, nous savons que tout est là, que nous avons véritablement découvert ce qui est sacré : la fin du chemin, le trésor caché, l’autre rive. Alors chacun de nous est confronté à ce simple choix : est-ce que je veux abandonner cette partie de moi qui résiste, afin qu’un monde neuf puisse se manifester sur cette terre, en tant que moi-même ?